J'ai dessiné aux trois crayons (sanguine, pierre noire et crayon blanc) la sirène bifide (avec deux queues) sculptée sur un chapiteau du portail de l'abbaye de Champdieu dans la loire.

 Un étrange hybride, dont l'invention dans l'imagination des créateurs remonte à la nuit de temps ; le monstre Scylla (le complice malfaisant de Charybde pour nuire au malheureux Ulysse) est souvent représenté ainsi.

 

sirène et trois crayons

 

Tentatrice, dangereuse la sirène est diabolique mais en même temps, principe de fécondité elle a, pour partie, la nature de l'eau ; peut-être est-elle là pour indiquer par ses deux queues un croisement souterrain de cours d'eau ? Sourciers de Champdieu à vos baguettes !

Elle évoque aussi l'oméga ω : « Je suis l'alpha et l'oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin dit le Seigneur Dieu ».

Motif récurrent de la sculpture romane (notamment en Auvergne) elle ne nous dévoilera jamais complètement sa mystérieuse présence.

Mais pour un sculpteur cette symétrie bifide est bien venue ; rien de plus difficile que d'occuper l'angle d'un chapiteau : sculpter le corps de la sirène sur un angle et rabattre de chaque coté dans un mouvement à la fois aquatique et végétal les deux queues de la sirène.